jeudi 28 août 2008

Demain est un autre jour



Douillettement installée sur un somptueux tapis de mousse, bien au chaud dans mon duvet, je glisse tranquillement dans le sommeil, bercée par l’incessant bruissement d’une source toute proche.
L’esprit rempli des images d’un flamboyant coucher de soleil, rosissant les séracs d’un glacier qui vêle a grand fracas des icebergs dans une mer pourpre aux reflets de bronze. Teintant de saumon les montagnes enneigées qui bordent le fjord de la Chilkat river et soulignant la courbure des criques de ma presqu’île. Car ce soir je me sens une âme de propriétaire seule sur la petite île de Dalasuga à peine reliée au sol d’Alaska par une étroite bande de terre. Pas tout à fait seule, perché sur un arbre voisin un pygargue semble apprécier ma compagnie et lance a intervalle régulier un cri mélodieux.


La démesure de ce pays ne m’impressionne pas, j’ai plutôt le sentiment d’être enfin dans mon élément loin des villes bruyantes et surpeuplées. La mer qui semble descendre vers l’horizon rejoignant le ciel à la courbure de la terre n’offre aucune entrave au regard. Aucune lumière électrique ne vient parasiter les étoiles qui scintillent dans le bleu sombre de la nuit.
Soudain un bruit insolite, comme des pas dans l’herbe. Dressée, l’oreille aux aguets, toute velléité de dormir envolée, je ne suis plus qu’un bloc de peur, une peur viscérale, irraisonnée, UN OURS! Car évidemment dès la tombée du jour le moindre bruit suspecte ne peut être rien d’autre.
Une éternité plus tard, la curiosité l’emportant, je remonte précautionneusement la fermeture à glissière de ma tente et le nez au raz du sol je risque un coup d’œil. Oscillant de droite et de gauche une masse sombre se découpe sur le ciel étoilé, tout près, trop près



Refermant précipitamment j’ose à peine respirer, la peur déferle par vagues violentes, oblitération totale, noir absolu, jugement, raison, argument tout est balayé, un vrai raz marée dont le reflux me laisse vide et étonnée qu’aucune trace de ce déferlement ne reste gravé en moi. La peur est passée, la peur s’est retirée et plus rien.
Rien que moi dans la nuit Alaskane
La raison reprenant ses droits le souvenir d’un vacarme épouvantable fait par un hérisson fouillant mon sac poubelle dans le silence de la nuit me fait penser que si ours il y a le tapage serait bien plus grand et qu’il ne serait pas nécessaire de tendre l’oreille.
Sur ce je décide de dormir et d’ignorer le monde extérieur. Ma nourriture pendue à un arbre, rien dans ma tente pour séduire un ours, je me sens en sécurité, peut-être à tord mais qu’importe. Inutile de se ronger les ongles, la politique de l’autruche à parfois du bon.
Je m’éveille aux premières lueurs de l’aube, tout est calme, pas même le bruit du ressac sur les galets. Oublié les fantômes de la nuit.
Même si le soleil tarde a passer les montagnes qui se dressent à l’est, il réchauffe déjà l’atmosphère. Il est temps de me lever. J’ouvre la fermeture et me voilà prise d’un fou rire inextinguible, impossible de m’arrêter, car en fait d’ours ce n’est que mon gant de toilette mis à sécher sur le tendeur de ma tente et que le vent agitait juste sous mon nez!


Moralité : Toujours prendre son temps avant de mourir de peur