lundi 12 mars 2007

Israël









J’ai rêvé la terre…..


Tout à commencé ce matin de juillet lorsque après un voyage épique le train nous a déposés en gare de Saint-Malo. J’avais cinq ans, le vent d’ouest charriait des odeurs pour moi inconnues. Et ce fût le choc ! Nos week end à Evry-Petit-Bourg, quand nous partions à vélo avec armes et bagages pour trois jours de camping au bord de la Seine, ne m’avaient pas préparé à cette immensité miroitante.
Comment aurai-je pu imaginer l’inimaginable ? La mer aux couleurs changeantes, tantôt émeraude tantôt turquoise toujours en mouvement, cernant de blanc les rochers noirs, brillant d’humidité. Parfois grise et grondante comme un fauve en colère, brutale, hargneuse se jetant encore et encore contre la côte dans un élan destructeur, la rongeant peu à peu. D’autre fois si paisible que son chant sur la plage est une berceuse pour accompagner les rêveries. La vie sous-marine que je découvrais au hasard des mares laissées par la marée ou prise au piège de mon haveneau me fascinait. Des animaux aussi étranges que l’hippocampe me faisaient en imaginer d’autre encore plus fantastiques.
La mer était une énigme dont je ne voyais pas le bout, au-delà de ces îles, cette étendue sans fin à insinué en moi le désir de savoir. La question ce jour là sans réponse depuis me taraude. Qu’y a-t-il derrière l’horizon, derrière cette colline, cette montagne.
Lorsque j’ai su les déchiffrer les livres m’ont apporté un début de réponse mais n’ont pas tari ma curiosité. Au contraire ils ont mis des images dans mes rêves, Des images de mers bleues, de palmiers et de sable blanc. Ils m’ont donné des envies d’ailleurs, de mondes inconnus, de peuples étranges.
Régulièrement, adolescente, j’enfourchais mon vélo pour passer des après-midi entiers sur la terrasse d’Orly.C’était le temps béni où elle était encore accessible, le temps d’avant les terroristes, d’avant les protections plexiglas qui donnent l’impression d’être dans un aquarium. Je pouvais rester là des heures, observant les avions qui décollaient dans un vacarme assourdissant, les voir ne devenir qu’un point minuscule à l’horizon. Deviner leur destination, imaginer des voyages fabuleux dont j’étais l’héroïne, me laisser bercer par la voix si particulière des hôtesses, qui-a elles seules symbolisaient le voyage lointain.
Je rêvais ma vie déjà certaine qu’un jour moi aussi je m’envolerai.
A nouveau Orly ! Mais ce jour là j’avais mon sac à dos, montée d’un cran dans la hiérarchie je n’étais plus spectatrice mais actrice. Je participais à l’agitation générale, l’enregistrement de mes bagages me semblait un rite initiatique. J’étais comme dans une bulle déjà plus ici mais pas encore ailleurs puis les moteurs qui rugissaient, les vibrations des roues sur la piste qui secouaient tout l’appareil, la vitesse toujours plus grande et enfin ce moment miraculeux où les roues quittaient le sol.
Trois heures du matin, la ville à ces heures endormies n’était que lumière, le DC 7 fonçait dans la nuit direction Israël. Doucement l’obscurité s’est retirée, m’offrant une nouvelle vision de la terre
Rectangles imbriqués les uns dans les autres, apparaissant, disparaissant au gré des nuages, Patckwork vert et brun traversé de rivières tortueuses, de routes grises comme un lien entre les villes et les villages, petit tas de maison serrées autour de leur clocher. Un peu plus au sud la chaîne des Alpes avec le Mont blanc qui scintillait, se détachant sur le bleu du ciel et plus loin encore enveloppant les terres, les îles, la mer méditérrannée. Carte gigantesque où je ne reconnaissais plus rien.
Le soleil miroitant sur les hélices, le ciel infini, ce nouveau monde que je découvrais m’ont tellement fascinée qu’après sept heures de vol je n’étais pas encore lassée.
C’était les années soixante et le status-quo régnait entre Israël et les pays arabes. Jérusalem était coupé en deux, et il ne faisait pas bon s’égarer dans le no man’s land. La veille ville protégée par ses remparts était étrangement semblable d’un côté et de l’autre, une ville sans femmes aux ruelles étroites, aux murs aveugles avec des escaliers qui reliait les rues les unes aux autres. Plutôt débonnaire dans la partie jordanienne alors que dans les quartiers juifs traditionalistes, les hommes, noirs depuis le chapeau d’où dépassaient les païes encadrant leur visage barbu jusqu’au long caftan, nous toisaient avec arrogance et nous crachaient dessus quand nous passions dans nos chemisettes à manches courtes.

Israël pays sans unité, qui pour unir ses populations venues des quatre coins de la terre, a ressuscité l’hébreu réussissant le prodige de rassembler sous une même bannière tous ses citoyens. Des juifs si intolérants que pour eux le changement d’une simple virgule était déjà une révolution côtoyaient les sabras aux jambes bronzées par les travaux agricoles dans les champs des kibboutzim.
C’était-il-y-a longtemps et ma mémoire se brouille. Des souvenirs décousus, des impressions fugitives. Le vert dominant pour Israël, quand la Jordanie me semblait blanche avec le désert qui la cernait et un soleil qui grillait jusqu’aux pierres. Les dromadaires qui erraient au bord des routes. Des vestiges romains et un paysage lunaire, noir à perte de vue qui menait jusqu’à Damas. Damas et son souk des bijoutiers aux parures de perles et d’or extraordinaires. Les cèdres centenaires bordaient la route du col qui descendait vers Beyrout la plus occidentale des capitales du moyen orient avec des immeubles blancs pour border la baie, riche et prospère. C’était avant cette terrible guerre qui n’a laissé que ruines. Avec ses colonnes encore dressées, ses amphithéâtres, ses thermes Balbeck a concrétisé mes cours d’histoire, pour la première fois les romains sortaient des livres
Cette traversée du désert et la châleur épouvantable qui donnait à mes pieds des allures de bonhomme Michelin alors que nous marchions vers les grottes de Qumràn dans cette cuvette où fini de s’évaporer la mer Morte aussi chaude que les terres alentours et si salée que nous flottions sans faire le moindre mouvement. Les allées d’eucalyptus fraîches et odorantes dans les villes israéliennes et surplombant Jérusalem et ses murailles, le jardin des oliviers où j’aimais me reposer en ces fins d’après midi étouffantes guettant les derniers rayons du soleil qui enflammaient la coupole dorée de la mosquée d’Omar.
Je me rappelle aussi cette rencontre auprès du puits dans la petite ville de Jéricho. Je ne sais pas trop comment nous avions communiqué, mais je revois, dans leurs longues robes, les jeunes palestiniennes, leurs jarres sur la tête. Notre admiration pour leur habileté et leur force à transporter l’eau, leurs rires devant notre maladresse lorsque nous avons essayé. L’irruption courroucée d’une femme, arrachant de nos mains impies la jarre, la vidant tout en déversant un flot ininterrompu de paroles coléreuses sur les jeunes filles. Pas besoin de connaître l’Arabe pour comprendre. Déjà la haine pure et gratuite, une haine dont je n’étais pas personnellement responsable et que j’ai reçu comme une injustice. Comment pouvais-je savoir qu’il m’était interdit de rire avec des jeunes filles de mon âge car les croisés avaient, neuf siècles plutôt revendiqués Jérusalem. Heureusement la plupart des rencontres se terminaient mieux. Il n’y avait pas cette envie d’occident comme aujourd’hui, nous étions moins riches et eux moins pauvres, je pouvais me lier d’amitié avec un jeune palestinien, marchand d’une boutique souvenir simplement parce que je lui permettais de parler français. Nous mangions avec les doigts des grillons de chameau et nous parlions des heures durant de tout, de rien, de son pays ou de la France. Pas de harcèllement, ni touristique, ni sexuel.

Depuis les magazines de voyage ont fait de fantastiques progrès, plus rien à voir avec les pauvres revues en noir et blanc imprimées sur du mauvais papier. La télévision nous offre des documentaires sur tous les pays, tous les sujets, parfaits à tout point de vue. Des mois de voyage ne permettrait pas de connaître un pays aussi bien qu’en trois-quarts d’heure de film mais il manquera toujours quelque chose.
Il manquera l’émotion, les senteurs, les sourires, le cadeau d’un plat ou d’un verrre de thé offert au bord de la route, tous ces petits riens qui font le charme du voyage et qui en fera votre voyage et celui de personne d’autre.

1 commentaire:

marcel a dit…

hello
vous pouvez mettre vos messages sur la page region de jewisheritage
a bientot