samedi 10 avril 2010

Pêle-mêle



Pêle-mêle



Quand le lien de fils blanc attaché à mon poignet par un moine bouddhiste de Kandy est tombé, complètement usé, je n’ai pu, moi l’agnostique empêcher un léger mais sournois sentiment d’inquiétude, venir me tarauder.
Au hasard de mes pérégrinations l’entrée d’un temple populaire m’avait attiré. Un porche, quelques marches à descendre, une haie de chaussures attendant leurs propriétaires et j’étais de plein pied dans un lieu étrange, ni bouddhiste, ni hindouiste mais les deux à la fois.

Chacun pratiquant son rite sans prosélytisme. Un homme tournait autour d’un sanctuaire, marmonnant des prières, actionnant la cloche devant chaque Dieu où il s’arrêtait longuement. Ce foisonnement de Dieux aux couleurs criardes est bien déconcertant pour nous occidentaux issus d’une culture monothéiste. En tous cas c’est là que j’ai rencontré ce fameux moine, fier de me montrer une photo de lui prise avec le Dalaï lama et qui à décidé unilatéralement de m’apporter sa protection pour le reste du voyage. Avec une bobine de fils comme médiateur, moi tenant la bobine et lui l’extrémité dévidée, il s’est lancé dans une litanie destinée à attirer l’attention de Dieu sur ma personne. Un coup d’éventail sur mon front de temps à autre venant ponctuer ce chant avant de trancher le fils, le fixer par un nœud solide et m’assurer que je pouvais voyager tranquille, plus rien ne pouvant m’arriver de fâcheux. Toute irréligieuse que je sois, je n’ai pas osée le couper.
Croyait -t-il vraiment lui-même au pouvoir magique de son gri-gri ou bien n’était-ce qu’une manière de gagner quelques roupies ?
Peut-être tout à la fois. Ce mélange de foi et de superstition acceptable pour toute religion dont le ou les Dieux peuvent protéger, punir, donner la puissance ou la richesse pour récompenser leurs fidèles, a quelque chose d’absurde pour cette religion sans Dieu. D’un sage disposé à enseigner « La voie de la délivrance », à briser l’enchaînement des vies qui se succèdent sans fin, les Bouddhistes en ont fait un Dieu. Et d’une doctrine philosophique qui prétend faire appel à la raison, une religion.
Les moines, en complète contradiction avec l’enseignement du Bienheureux psalmodient à la demande des invocations pour marchander la protection de Bouddha.
Supercherie ou compassion ? La voie de la délivrance n’est pas à la portée de tous. Ces femmes en sari, illettrées pour une bonne part, qui avec des gestes graciles arrosent les compositions florales destinées à l’autel n’atteindront sans doute jamais le Nirvana mais après tous si cette foi peut adoucir leur vie. Chacun sa méthode pour conjurer la tragique solitude de l’existence.
Lorsque les dons des exilés Vietnamiens permettent la construction d’une pagode toute neuve aux portes de Dalat, superbe, noyée dans la végétation tropicale ce n’est pas seulement un lieu de beauté, de calme et de prière qui est créé mais un havre de paix où s’accrocher pour échapper aux vicissitudes de l’existence.

A cette heure matinale il n'y a dans la boutique où je prends un thé que le patron et moi. A peine réveillée je me laisse porter par la vie, appréciant la fraîcheur du petit matin marocain. Mais le boutiquier en a décidé autrement , c'est un croyant convaincu et voilà qu’il décide de me convertir. Se saisissant d'un verre en pyrex "tu vois ce verre c'est Dieu qui l'a créé" argument irréfutable à ses yeux. Malheureusement je suis une mécréante irrécupérable et je sais que Saint-Gobain écrit au cul dudit verre n'a de saint que le nom et je ne suis pas sûre qu'il soit inscrit au calendrier.
Mais vive la foi du charbonnier! Cette foi simple des gens simples à quelque chose de rafraîchissant qui me fait regretter de ne plus croire aux miracles.
L’incroyable spectacle de tous ces éclopés de la vie, qui plein d’espoir viennent à Lourdes, prier la Vierge Marie de leurs accorder ses bienveillances, est à la fois sublime et pathétique. Dernier recours pour ces parents d’un enfant lourdement handicapé dont je n’ose pas croiser le regard, de crainte d’y lire tout le désespoir du monde. Mais c’est là tout le mystère et la magie de la foi qui permet de tout supporter et rien ne les empêchera de revenir encore et encore, l’espoir intact.

Qu’importe ces petits marchandages avec Dieu. Autrement plus dangereux et violent lorsque les religions se mêlent de politique et cherchent le pouvoir par tout les moyens. Dressant les hommes contre les femmes, les hindous contre les bouddhistes, les musulmans contre les chrétiens, les Hébreux contre les Palestiniens…. La liste n’est pas exhaustive et je vous laisse le soin de la compléter. Sûr de posséder la seule vraie religion, s’arrogeant le droit et le devoir de convertir, d’envahir, de voler, de punir au nom d’un Dieu pourtant bien taiseux.
« Renoncer à la moindre parcelle des terres d’Erezt-Israël, promise par Dieu au peuple juif serait contraire à la Torah et à la morale universelle » , rien de moins! Et voilà pour justifier l’occupation des territoires palestiniens par les colons Juifs .


De telles convictions laissent peu de place au dialogue et légitiment tous les abus.
C’est l’inquisition qui au nom du Christ a allumé des bûchers par centaines, ou plus récemment le président Bush qui part combattre les forces du mal a coup de mitraillettes et de tanks. « Aimez-vous les uns les autres » et « Lorsque l’on vous frappe sur la joue droite tendez la joue gauche » ne font pas parti de leurs credo et pourtant l’inquisition comme le président Bush se réclament d’une religion d’amour, de compassion.
Pour une accolade donnée par Madame la ministre du tourisme Pakistanais, le tribunal islamique d’Islamabad à lancé une fatwa exigeant sa démission pour avoir posé « de manière obscène ». Sa collègue qui a été poignardée deux mois auparavant par un extrémiste qui jugeait sa tenue vestimentaire « non islamique » a eu moins de chance.
Les exemples d’intransigeance religieuse ne manquent pas, dans toutes les religions, à toutes les époques, mais si elles sont capables du pire elles le sont aussi du meilleurs.
Que serait nos villes sans les cathédrales ? Dentelles de pierre qui dressent leurs flèches au cœur des cités anciennes . Comment oublier cette foi moyenâgeuse qui a couvert nos campagnes de cloîtres et d’églises romanes, massives et sobres où il fait si bon s’arrêter par une chaude journée d’été.
Tant qu’il y aura des « Mère Thérèsa » de part le monde l’équilibre entre l’obscurité et la lumière sera préservé et nous pourrons toujours rêver a des demains qui chantent.





Juillet 2008

5 commentaires:

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.